(( Dix ans après le fracassant départ de Bruno Mégret, un autre cadre historique du FN, Carl Lang, s'est lancé samedi dans l'aventure en solitaire en faisant campagne pour les européennes dans le Nord-Ouest, où il affrontera la fille du chef, Marine Le Pen.
Dans un discours aux accents résolument droitiers, prononcés depuis un hôtel baptisé "de la Croix Blanche" sur le Mont-Saint-Michel - "lieu qui symbolise les valeurs de la France éternelle et les racines chrétiennes de l'Europe" - Carl Lang a martelé qu'il représentait "le FN réel". (...) "Le Front national est totalement incarné par la personnalité de Jean-Marie Le Pen. Le jour où il cessera de le diriger ce sera la fin du FN. J'ai simplement anticipé sur sa retraite", annoncée par Le Pen lui-même pour 2010, alors qu'il aura 82 ans, a poursuivi Carl Lang. (...) "La France n'est pas terre d'Islam et je ne crois pas que l'Islam soit soluble dans la terre nationale", a-t-il aussi dit, se présentant comme un opposant farouche à l'entrée de la Turquie dans l'UE. (...) Interrogé sur l'échec de l'aventure solitaire de Bruno Mégret, ancien numéro 2 du FN, dont il avait claqué la porte il y a dix ans pour fonder le MNR, Carl Lang a assuré que son initiative était en tous points différente.
"Le MNR a été lancé à l'issue d'une tentative ratée de prise de contrôle du FN, ce n'est pas du tout notre cas". A l'issue de plusieurs échecs successifs, Bruno Mégret a fini par se retirer de la vie politique en mai dernier. ))
Pour avoir été secrétaire général du parti lepéniste pendant des années, Carl Lang devrait savoir une chose: les candidatures dissidentes n'ont jamais fonctionné au Front national. Comme dans tous les partis politiques, ce ne sont pas les cadres dirigeants mais l'électeur de base qui a le dernier mot ; à la nuance près qu'au Front, le culte du chef prime. Si on est contre Le Pen, c'est comme si' on était contre Dieu lui-même...
Si l'on analyse les différentes tentatives de "FN-bis" ces dernières années, il faut reconnaître que la majorité sont des échecs cuisants.
1. La scission mégrétiste.
En 1998, Bruno Mégret, pressé de succéder à Jean-Marie Le Pen, qui n'en a nullement envie, et outré par la dérive folklorique que prend le parti, décide de travailler pour son propre compte. Ancien militaire passé par les universités américaines et Polytechnique, Mégret est un technocrate pur, cravaté et dénué de charisme, dont les idées sont plus proches d'un certain fascisme que du mélange populo-nationaliste de Le Pen. Après avoir tenté de prendre le contrôle du FN par amis interposés, il organise un congrès, qui consacre la création du Mouvement national, qui deviendra le MNR.
Si Mégret avait parfaitement préparé son coup - ce qui aura pour effet de plonger Le Pen dans une paranoïa profonde vis-à-vis des traîtres réels ou supposés -, il aura sous-estimé deux facteurs: le charisme du vieux chef, et l'attachement des électeurs à leur leader initial. Le hold-up du MNR tourne court. Humilié lors des législatives de juin 2007, avec 2 % des voix dans son ex-fief de Vitrolles, il abandonne la politique.
2. La fronde des barons locaux.
Dans le Sud de la France, le FN aura réussi à s'implanter lors des élections de 1995-1996 dans plusieurs villes significatives: Vitrolles, conquise par la femme de Bruno Mégret, Orange, gouvernée par Jacques Bompard, Toulon, prise par Jean-Marie Le Chevalier et Marignane, avec Daniel Simonpiéri.
En 1999, les maires frontistes approuvent le putsch et tous forment un front commun anti-Le Pen avec le MNR, sauf Jacques Bompard. Les élus refusent en effet de se voir dicter leur conduite par un vieillard qui n'a aucun sens des responsabilités... Cela ne leur sera guère profitable: Le Chevalier est battu en 2001 à Toulon, et Catherine Mégret l'année suivante à Vitrolles.
En 2006, nouvelle vague: Jacques Bompard quitte le FN, qu'il juge décadent, et rallie Philippe de Villiers. Il est épaulé dans son initiative par la fédération frontiste locale, et, en sous-main, par le propre N°2 de Le Pen, Bruno Gollnisch, qui prend pourtant soin de ne pas rejoindre la rébellion. Daniel Simonpiéri, lui, jouera un jeu trouble pendant plusieurs années, essayant de rester à l'extrême-droite tout en flattant l'UMP... Il sera écrasé aux municipales de 2008.
3. La jacquerie des radicaux.
Ceux qui avaient suivi Bruno Mégret en 1999, incarnaient la frange pure et dure du Front national: ainsi, Pierre Vial, néo-païen sanguinaire, était le leader de la mouvance celtique Terre et Peuple. Or, s'ils se sont rendu compte de l'échec du MNR, beaucoup n'en démordent pas: ils veulent fonder un nouveau parti. Ce sera chose faite en 2008, avec l'éphémère Nouvelle Droite nationale, conduite au départ par un autre ex-FN, Jean-François Touzé, qui sera finalement éjecté par ces acharnés de la "Préférence nationale".
Aujourd'hui, ceux qui gênent Marine Le Pen dans sa conquête du pouvoir personnel tentent de se regrouper... Trop tard ! Car le FN est d'ors et déjà verrouillé par les hommes de "fifille", Bruno Gollnsich excepté. De plus, les adhérents qui n'ont pas rejoints Sarkozy ou Villiers sont des créatures toutes acquises à la cause du clone génétique de leur cher leader : une façon de perpétuer sa mémoire en quelque sorte.
Malgré son enracinement local et l'appui financier du millionnaire Fernand Le Rachinel, Carl Lang part d'un mauvais pied dans cette campagne des européennes, qui pourrait bien être la fin de sa carrière politique. Sans doute le sait-il.




